07/01/2012

Sinon moi, ça va.

Il pourra y avoir toutes les orchestrations du monde mais rien dans mon coeur ne remplacera l'aigreur d'un coucher de soleil d'hiver. Traînant la patte, les pieds en terre comme toutes ces plantes qui flétrissent lorsque la maison est abandonnée je ne m'abreuve de rien. Je me brûle la rétine avec complaisance, regardant le soleil tomber, déchu. Au royaume des ombres, je me sens mis à mort, et tout ce que je dis représente une chaîne impossible à briser autour de mes doigts. Emprisonné de mes rêves, je regarde le monde d'un oeil usé et vitreux. Je repense à toutes ces paroles finales que l'on a l'outrecuidance d'articuler avec fierté. Et toutes les vexations qui s'en suivent ne sont qu'un peu de Bitter dans la limonade qui n'avait pas besoin de tant pour être dégueulasse.
Sur l'étendage, j'ai accroché mes pensées percées, les mots que je n'ose me dire mais qu'il faudra que j'apprenne à regarder en face. Et ma mère semble commencer à penser que je suis en âge de comprendre. Et bien sûr je comprends, depuis qu'il y a eu la douleur ; et depuis, surtout, que j'ai passé une heure à pleurer devant la porte de l'immeuble de R. alors qu'il pleuvait ventait et que j'étais pieds nus en t-shirt à ne pas chercher à me plaindre, à juste être porté par la rage. Je me suis éduqué tout seul, et de travers : je n'ai jamais voulu vraiment écouter ma mère, elle avait souvent raison, pourtant. L'esprit aiguisé par cette remarque plus qu'inutile, je me retrouve affamé à bien vouloir manger quelque chose tant le coeur est omnivore. J'écoute des musiques tristes pour me rassurer sur le fait que dans la vie il y a toujours pire ; et bien sûr que je pense à la vie sous terre, que je pense à la froideur d'un corps qui a su être chaud, pourtant. A la douceur de la peau vieillie, et aux rictus que l'on trouve chez ces personnes nouvellement apaisées d'être décédées. Mais ça fait mal pour les vivants. Ca fait mal de voir qu'ici rien ne s'améliore, bien au contraire.
Je reste donc chez moi, et sur l'étendage il y a toutes ces lettres que j'aurais aimé écrire, tous ces mots que l'on voudrait toujours dire dans un moment de bravoure (et de gloire aussi sans doute). Et quand je compulse tous les regrets et les remords des au revoir, j'ai envie de crier à l'injustice. Je relis tous ces mots comme des constellations perdues et éloignées, et je sais qu'il faut les dire au vivant, parce que plus tard, ce sera inutile. Je relis tous ces mots entre eux, parce que dans mon corps ils sont éparpillés, parce qu'une fois dit, ils s'éparpillent ; ils s'envolent.
Alors très vite, il est l'heure de la fin des rires. Très vite, il est l'heure de sourire comme si de rien n'était, et de bien vouloir croire qu'en effet, la vie, c'est la mort des êtres chers. Et que devenir adulte, c'est apprendre ça, à faire avec. Avec tous ces mots que l'on a pas dit par pudeur et qui nous restent sur les bras comme des poids terribles qui nous coulent lorsque on cherche à faire surface.

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